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Guy Lafleur: un grand livre ouvert

Une soirée à Toronto avec le Démon Blond

TORONTO— Impossible d’être plus «entier» que Guy Lafleur. L’homme est fait d’un seul bloc et il n’a rien perdu de sa franchise. Comme Maurice Richard, il parle avec son coeur.

Jeudi soir, j’étais avec lui au Temple de la renommée du hockey dans le cadre de la fête annuelle organisée par le Groupe Royal. Nous avons visité le vestiaire du Canadien et les différents coins du musée, puis Guy s’est installé sur le podium pour répondre aux questions des amateurs de hockey. Voici, en gros, ce qu’il avait à raconter:

  • LE RETOUR DES NORDIQUES: «J’y crois. Cependant, il ne faudrait pas que Québecor paye 500 millions pour un club d’expansion. Il serait préférable d’acheter une équipe déjà existante, comme les Coyotes, les Panthers ou les Hurricanes. Je suis convaincu que Québec peut faire vivre un club de la Ligue nationale dans des conditions gagnantes».

    Guy Lafleur rend visite à sa maman chaque fois qu'elle le peut. Pierrette est encore solide à 84 ans.

    Guy Lafleur rend visite à sa maman chaque fois qu’il le peut. Pierrette est encore solide à 84 ans et elle corde son bois pour l’hiver!

  • SCOTTY ET LES ANNÉES 70: «Scotty Bowman a été mon meilleur entraîneur et celui que j’ai détesté le plus. Il faisait tout pour se faire haïr par ses joueurs et nous, les «tatas», on embarquait dans son jeu. Une fois, Pierre Bouchard l’a saisi au collet pour lui expliquer qu’on en avait assez. On formait une excellente équipe et on avait autant de plaisir sur la patinoire qu’à l’extérieur. On savait comment faire la fête, mais on travaillait fort quand on chaussait les patins».
  • SA GRANDE CRÉATIVITÉ: «Je n’ai jamais été capable de me fondre dans un système de jeu. J’écoutais plus ou moins les consignes et je me faisais taquiner par mes coéquipiers à ce sujet. Lorsque j’avais la rondelle, je m’arrangeais pour la garder, pas pour la donner à l’adversaire! Avec Lemaire comme entraîneur, ça n’a pas marché. Il voulait que je lance la rondelle au fond de la zone, comme les autres joueurs. Il n’en était pas question. Ce n’est pas comme ça que j’ai appris à jouer au hockey. Ils m’a assez écoeuré que j’ai été forcé de prendre ma retraite. J’aurais aimé aller joueur ailleurs, mais Serge et Ronald ne voulaient pas m’échanger».
  • GILBERT PERREAULT: «Un joueur extraordinaire. J’aurais donc aimé l’avoir comme coéquipier. Avec lui au centre, j’aurais marqué 100 buts!» (Comme dirait le Moose, c’est des goals en tabarnak!)
  • LE CH SUR LE COEUR: «J’ai été vacciné avec le CH. J’aimais tellement le hockey que j’arrivais à l’aréna cinq ou six heures avant la partie. Lors des séances d’entraînement, je sautais sur la glace une heure avant les autres. J’étais heureux. Dans mon coeur, le vieux Forum n’a jamais été remplacé».
  • DON MARCOTTE: «De tous les joueurs que j’ai affrontés, Don Marcotte est celui qui m’a causé le plus d’ennuis. Il ne me quittait pas d’un pouce. Il était quasiment dans mes culottes. J’allais me coucher en pensant à lui. Dans le fond, je ne ne lui en voulais pas. Il faisait le travail qu’on lui demandait, comme Claude Provost quand il couvrait Bobby Hul».
  • SON MEILLEUR TRIO: «Avec Steve Shutt et Jacques Lemaire. On se complétait à merveille. Une fois, Lemaire s’est rendu à 45 buts. On lui refilait sans cesse la rondelle, mais il lançait volontairement à côté du filet. Il ne voulait pas se rendre à 50 buts et avoir plus de pression la saison suivante».
  • LA COUPE STANLEY: «À mes débuts avec le Canadien, j’ai demandé à Henri Richard c’était quoi le feeling de gagner la coupe. Il m’a répondu qu’il fallait le vivre pour le comprendre. Il avait bien raison».
  • LE HOCKEY D’AUJOURD’HUI: «Je regarde de moins en moins les parties. Je trouve que toutes les équipes (ou presque) jouent de la même manière. Je n’aime pas les voir se débarrasser de la rondelle. Les gars sont rapides, mais les belles pièces de jeu sont plutôt rares. Avec tous le millions qu’on leur donne, ils pourraient aussi verser plus d’argent dans le fonds de pension des Anciens».
  • VLADISLAV TRETIAK: «Il était incroyable devant le filet. On aurait dû battre les Russes le soir du 31 décembre (1975), mais il a permis à son club d’annuler en multipliant les miracles. Je peux aussi vous dire que Tretiak n’avait pas peur d’une bouteille de vodka!»
  • CANADIEN-NORDIQUES: «Cette rivalité a été créée par les journalistes et les amateurs. Les joueurs n’avaient pas le choix de suivre».
  • SA MAMAN: «Je lui rends visite à Thurso chaque fois que je peux. Elle est encore solide à 84 ans. Elle adore aller à la pêche et elle vient de corder ses 10 cordes de bois pour l’hiver».

P.S. De retour de Toronto, j’ai foncé au Centre Bell pour assister au match Canadien-Islanders. Tous les échos dans une prochaine chronique.

 
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